KURDISTAN – Le commandant des HPG, Murat Karayilan a évalué les développements en Syrie et au Rojava lors d’une intervention sur la chaîne de télévision kurde Stêrk TV.
Le commandant de la guérilla kurde affirme que la vague d’attaques partie d’Alep n’a rien de fortuit. Selon lui, la Syrie est à nouveau le point de départ d’un redécoupage régional, à l’image de l’après-Sykes-Picot, visant cette fois encore à marginaliser les Kurdes et à transformer le Rojava en un « second Mahabad ».

La reconfiguration du Moyen-Orient recommence en Syrie
« La vague d’attaques qui a débuté à Alep et s’est propagée n’est pas anodine. Après la Première Guerre mondiale, ils ont voulu redessiner la région sur la base de l’accord Sykes-Picot. À l’époque, ce redécoupage avait commencé par la Syrie. En ce sens, la Syrie a une importance particulière dans la région. Aujourd’hui encore, la reconfiguration du Moyen-Orient recommence par la Syrie. Sous la direction de Jolani, issu d’un cadre salafiste, ils veulent achever la recomposition de la Syrie et, à travers elle, celle de toute la région.
La rencontre du 4 janvier entre les FDS et le gouvernement de Damas a été sabotée par des interventions extérieures, selon ce qui a filtré dans la presse. Un jour plus tard, le 5 janvier, une réunion s’est tenue à Paris entre la Syrie et Israël sous l’égide des États-Unis, à laquelle la Turquie a participé de manière indirecte par l’intermédiaire de la Syrie. À la suite de cette réunion, le 6 janvier, les attaques contre Alep ont commencé. Par la suite, malgré plusieurs tentatives d’interruption des combats et des cessez-le-feu annoncés, aucun n’a été respecté.
Dans ce nouveau redécoupage, aucune place n’est prévue pour les Kurdes
Il est clair qu’il s’agit d’un complot et d’un plan de grande ampleur. Ce plan a été approuvé par des États régionaux tels que la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et même la Jordanie, ainsi que par des puissances internationales comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France. Il est désormais évident que des préparatifs étaient en cours bien avant. Toutes ces rencontres visaient à masquer la réalité, alors qu’il s’agit en fait d’un nouveau redécoupage. Et dans ce redécoupage, il n’y a pas de place pour les Kurdes.
Regardez : en Syrie, ils amènent à Damas le chef de HTS, Jolani (al-Sharaa), pour construire autour de lui un nouvel État, tout en excluant les FDS — composées de Kurdes, d’Arabes, d’Assyriens-Syriaques et d’autres peuples — qui ont pourtant libéré plus de 30 % du territoire syrien de Daech au prix de combats acharnés. Dans des conditions normales, une coalition aurait dû être formée et l’État construit ensemble. Cela n’a pas été le cas : les Kurdes du Rojava ont été écartés.
Ils veulent faire du Rojava un second Mahabad
Comme après la Première Guerre mondiale, les Kurdes ont été exclus du nouveau redécoupage. Après la Seconde Guerre mondiale également, ils ont été exclus, ce qui a conduit à Mahabad. Aujourd’hui, ils veulent faire du Rojava un second Mahabad, c’est-à-dire exclure à nouveau les Kurdes du nouvel ordre régional. Cette attaque vise l’ensemble des Kurdes. Que personne ne s’y trompe. La résistance menée aujourd’hui par les héros et héroïnes des YPG, YPJ et des FDS concerne tous les Kurdes. »
Il ne peut y avoir de paix avec la Turquie sur le cadavre du Rojava
« Les responsables de l’État turc, le président Erdoğan et Devlet Bahçeli doivent savoir qu’il n’y aura pas de paix avec les Kurdes sur le cadavre du Rojava kurde. »
La Turquie pilote la guerre menée contre les Kurdes
« Ceux qui mettent ce plan en œuvre sur le terrain sont HTS, l’État turc et l’EI. La force la plus engagée, en première ligne et avec tous ses moyens, est l’EI. L’État turc déclare parfois que ‘si le gouvernement syrien demande de l’aide, nous sommes prêts’, mais cela ne sert qu’à masquer la réalité. L’État turc est partie prenante de cette guerre, et cela ne peut être dissimulé. Le plan est celui de l’État turc, et ce sont les responsables turcs qui le dirigent en coulisses.
Toutes les milices de l’ANS/SNA organisées par la Turquie, ainsi que des soldats professionnels affiliés aux forces spéciales de l’armée turque, participent à cette guerre. Même si une partie des armes, des véhicules blindés et des équipements techniques a été fournie par l’Arabie saoudite, une part importante est prise en charge par l’État turc. Avec ses drones et ses avions sans pilote, la Turquie assure une surveillance constante et intervient chaque fois que HTS ou Daech se retrouvent en difficulté. En résumé, l’État turc ne peut cacher son implication dans cette guerre.
L’objectif était de provoquer une guerre kurdo-arabe
Il est évident que l’État turc et certains États arabes ne veulent pas voir émerger en Syrie un système fondé sur la fraternité entre Kurdes, Arabes, Assyriens et Syriaques, et qu’ils œuvrent conjointement à sa destruction. »
« Nous ne savons pas exactement quand l’Administration autonome et le commandement des FDS ont pris conscience de ce grand complot. Il est clair qu’ils ne l’ont pas perçu à temps. Si une anticipation plus profonde avait existé, la situation aurait pu être abordée différemment — cela peut constituer un sujet de critique. Toutefois, le retrait n’était pas une erreur, car avec l’accord du 10 mars, les FDS avaient déjà accepté de se retirer de ces zones. »
« Un autre point important est que le retrait des FDS de Tabqa, Raqqa et Deir ez-Zor a fait échouer certaines dimensions du complot, dont l’objectif était de transformer la situation en une guerre kurdo-arabe. »
Le message en faveur de l’unité nationale kurde est pour nous un ordre
« Notre peuple scande : ‘Yek e, yek e, yek e, Kurdistan yek e’ (Un seul, un seul, un seul, le Kurdistan est un). Le message en faveur de l’unité nationale est pour nous un ordre. En tant que mouvement politique kurde, nous devons y répondre. J’appelle tous les partis, institutions et personnalités kurdes : dans le nouveau redécoupage régional, ils ne veulent une fois de plus pas faire de place aux Kurdes. S’ils l’avaient voulu, ils auraient inclus le Rojava. Or les Kurdes y ont joué un rôle central et moteur. Le système construit par les Kurdes était dix fois plus solide que celui de HTS. HTS avait mis en place un système à Idlib, tandis que les Kurdes avaient bâti un système démocratique dans quatre provinces — mais cela a été ignoré.
C’est une politique dirigée contre l’ensemble des Kurdes. C’est pourquoi, quelles que soient nos divergences internes, nous devons les mettre de côté et nous unir dans cette période historique. Il existe un plan d’anéantissement visant notre peuple, et nous devons y répondre par l’unité. Tel est notre appel. En cette période où le sentiment national s’élève, couronnons ce processus par l’unité nationale kurde. »
Il n’y a pas de PKK en Syrie
« Je le dis clairement : le PKK n’a aucun lien avec la Syrie ou le Rojava. Les affirmations selon lesquelles des personnes seraient venues de Kandil pour intervenir sont totalement fausses. Le PKK est entré dans une nouvelle phase ; il s’est dissous et traverse un processus de transformation. Pourtant, ils continuent de parler du PKK — c’est le langage de l’État turc, nous le connaissons. »
Aucune confiance dans un cessez-le-feu prolongé
« Jusqu’à présent, aucun cessez-le-feu n’a été respecté. Notre peuple et l’opinion publique ne doivent pas accorder une confiance excessive au cessez-le-feu prolongé de 15 jours. S’il tient, tant mieux. En tant que forces politiques kurdes, nous voulons que les Kurdes aient leur place en Syrie avec leur identité, leur langue et leurs richesses. Nous soutenons cela et nous voulons la paix. Il est vrai que nous n’avons aucun lien organisationnel, mais en tant que Kurdes, nous soutenons ce processus jusqu’au bout. Aujourd’hui, tous les Kurdes le soutiennent. Une Syrie sans les Kurdes est impossible. »
(Via Maxime Azadî)