EUROPE – Plusieurs organisations de femmes kurdes en Europe condamnent les attaques perpétrées dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Ashrafiyeh, à Alep, les qualifiant de crimes de guerre. Dans une déclaration commune, elles appellent à manifester contre le silence de l’Europe.
Dans une déclaration commune, plusieurs organisations de femmes kurdes d’Europe ont fermement condamné les attaques perpétrées contre les quartiers majoritairement kurdes de Şêxmeqsûd et d’Eşrefiyê, dans la métropole syrienne d’Alep. Ces attaques ont été menées par des « milices fascistes-djihadistes opérant sous l’égide de l’armée syrienne », précise la déclaration. Elle a été signée, entre autres, par le Mouvement des femmes kurdes en Europe (TJK-E), la Communauté des femmes libres du Kurdistan oriental (KJAR), Kongra Star, l’Association des femmes alévies démocratiques (DAKB), la fédération des conseils de femmes yézidies (SMJÊ) et d’autres initiatives.
L’Occident légitime les attaques
Ces organisations accusent les États-Unis et l’Union européenne de légitimer indirectement ces attaques par leurs politiques de guerre hypocrites et guidées par leurs propres intérêts. Les districts de Şêxmeqsûd et d’Eşrefiyê sont des lieux symboliques de la révolution du Rojava et, depuis le début de la guerre en Syrie, des centres de résistance contre le régime d’Assad et les milices islamistes. Les attaques visent spécifiquement le modèle établi d’autonomie démocratique et les acquis des communautés kurdes, yézidies et alaouites.
« Nous condamnons avec la plus grande indignation les attaques barbares perpétrées par des bandes fascistes contre les quartiers de Şêxmeqsûd et d’Eşrefiyê, qui se dissimulent sous le couvert de l’armée syrienne », indique le communiqué. Les signataires sont particulièrement indignés par la légitimation politique de ces attaques par des acteurs occidentaux. « Les États-Unis et l’Union européenne ont une fois de plus démontré qu’en réalité, ils conçoivent la stabilité et la paix comme synonymes de davantage de guerres, de massacres et de chaos au Moyen-Orient. »
Autorisation donnée à Paris pour l’opération d’Alep
D’après les signataires, l’offensive militaire majeure lancée le 6 janvier aurait été approuvée lors d’une rencontre entre représentants israéliens et syriens à Paris, une semaine auparavant, sous l’égide des États-Unis. Des diplomates comme Tom Barrack, envoyé spécial américain pour la Syrie, auraient légitimé cette attaque par la voie diplomatique.
Les critiques visent également de hauts responsables politiques européens : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ont, par leurs entretiens à Damas avec des « criminels de guerre comme Abou Muhammad al-Julani et des agents turcs comme Asaad al-Shaybani », encouragé les exactions commises contre la population kurde. L’Occident est donc complice de ces massacres, affirment les auteurs.
« Şêxmeqsûd et Eşrefiyê sont bien plus que de simples quartiers : ce sont des bastions de l’autonomie démocratique et de la résistance », poursuit le communiqué. Malgré des années de siège et de pénuries, les habitants n’ont pas baissé les bras. Sous l’impulsion des femmes et des jeunes, un modèle de vie démocratique, d’égalité et d’autodéfense s’y est construit. C’est précisément ce modèle qui est aujourd’hui la cible des attaques.
« On ne peut pas construire la démocratie avec des milices misogynes et fascistes »
La déclaration précise que ces attaques ne visent pas à rétablir l’ordre public, contrairement aux affirmations officielles. Elles constituent plutôt un démantèlement ciblé de l’autonomie kurde par des milices telles qu’Ahrar al-Sham, le groupe État islamique (EI), des groupes affiliés à Al-Qaïda et l’Armée nationale syrienne (ANS), soutenue par la Turquie – autant de « bandes misogynes et fascistes » intégrées à l’armée syrienne après la prétendue conférence de la victoire . « Prétendre qu’un avenir démocratique pour la Syrie peut être bâti avec ces forces est ni plus ni moins qu’une trahison du peuple syrien », poursuit la déclaration. Les signataires avertissent qu’une paix est impossible sans que justice soit faite. Les auteurs de ces attaques doivent être poursuivis en justice, notamment pour les crimes ciblés perpétrés contre les combattantes capturées.
Entre le 6 et le 10 janvier, une résistance héroïque s’est déroulée dans les districts attaqués. Malgré un armement lourd, des milliers d’assaillants et une guerre psychologique massive, les forces d’autodéfense kurdes, aux côtés de la population locale, ont riposté. Nous rendons hommage aux combattants tombés au combat et leur exprimons notre gratitude. Le communiqué condamne tout particulièrement les attaques ciblées contre les corps des combattantes. « Les assaillants ont une fois de plus démontré la profonde misogynie et l’inhumanité de leur idéologie », peut-on y lire. Les mauvais traitements infligés aux femmes tuées constituent une forme de « guerre barbare » et doivent être poursuivis au niveau international.
exercer des pressions sur les gouvernements
En conclusion, les organisations exigent la levée immédiate de l’occupation de Cheikh Maqsoud et de Chefiye, la reconnaissance de l’administration autonome démocratique du nord et de l’est de la Syrie et la préservation des acquis des peuples de la région. Seul un ordre inclusif, démocratique et pluraliste peut garantir une paix durable. « Nous appelons tous les Kurdes d’Europe, toutes les organisations de femmes, les forces démocratiques et toutes les personnes de conscience et de responsabilité morale à s’élever contre les attaques à Alep, à faire pression sur leurs gouvernements et à participer aux manifestations », conclut le communiqué. (ANF)