PARIS – Treize ans après l’assassinat de trois militantes kurdes, des milliers de personnes ont manifesté à Paris, réclamant la levée du secret-défense qui bloque l’enquête sur le triple assassinat de 9 janvier 2013. Les manifestant·es ont également condamné le massacre des Kurdes d’Alep commis actuellement par les gangs de Damas.

Lors d’une manifestation impressionnante, des milliers de personnes à Paris ont commémoré les révolutionnaires kurdes Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez, assassinées en 2013. Sous le slogan « Vérité pour justice », elles ont exigé une enquête complète sur ces meurtres et la fin du silence de la justice française concernant les motivations politiques de ces crimes.
La manifestation avait été organisée par plusieurs organisations kurdes, dont la CDK-F et les mouvements féministes TJK-E et TJK-F. Le cortège est parti de la Gare du Nord et a emprunté les principales artères jusqu’à la Place de la République. Les participants, venus de différents pays européens, ont scandé des slogans tels que « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté) et « Bijî Serok Apo » (Vive le président Apo !).
La commémoration a rendu hommage non seulement aux trois femmes abattues en 2013 au bureau d’information kurde de la rue La Fayette par un assassin de l’État turc, mais aussi à Emine Kara (Evîn Goyî), Mehmet Şirin Aydın (Mîr Perwer) et Abdurrahman Kızıl, tués lors d’un autre attentat à Paris en 2022. De nombreux manifestants portaient des photos des victimes, des drapeaux kurdes et des banderoles affichant des revendications politiques.
Rassemblement avec des revendications claires
Un dernier rassemblement s’est tenu place de la République. De nombreux discours ont vivement critiqué le système judiciaire français. Le triple meurtre de 2013 reste non élucidé, le dossier d’enquête étant classé « secret d’État » – une situation que beaucoup perçoivent comme une obstruction délibérée.
Fevziye Erdemirci, coprésidente du CDK-F, a déclaré : « Depuis 13 ans, nous luttons pour la justice. Mais les responsables sont protégés, la vérité est étouffée. » Son coprésident, Azad Doğan, a également appelé à une enquête indépendante et à la reconnaissance politique du mouvement de libération kurde.
Metin Cansız, frère de Sakine Cansız, cofondatrice du PKK assassinée à Paris, s’est exprimé au nom des familles des victimes. Il a évoqué les espoirs de sa sœur durant le processus de paix de l’époque. « La France porte une responsabilité. La vérité doit enfin éclater », a-t-il déclaré.

Critique du double standard international
Saliha Aydeniz, femme politique kurde d’Ankara et coprésidente du parti DBP, a évoqué les attaques en cours contre les zones kurdes de Syrie et d’Iran. La manifestation à Paris, a-t-elle déclaré, visait donc non seulement les meurtres passés, mais aussi la répression actuelle. « Quiconque garde le silence aujourd’hui pour le Rojava ou le Rojhilat est complice », a-t-elle affirmé. Mme Aydeniz a également appelé à la libération d’Abdullah Öcalan et critiqué les États européens pour leur rôle au Moyen-Orient.
Ahmet Karamus, du Congrès national du Kurdistan (KNK), a également exigé la levée immédiate du secret entourant les attentats de Paris. Il a évoqué des assassinats politiques ciblés impliquant les services de renseignement turcs. « Tant que ces dossiers resteront confidentiels, nous ne céderons pas. »
Solidarité du côté français
En conclusion, des personnalités politiques et de la société civile françaises ont pris la parole devant la foule. Elles ont souligné l’importance du mouvement kurde pour la démocratie et les droits humains. La commémoration s’est achevée par des prestations musicales, notamment des chansons du musicien Rotînda en hommage aux victimes. (ANF)