SYRIE / ROJAVA – Depuis le 6 janvier, les quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh, à Alep, sont la cible d’attaques menées avec des armes lourdes. Les zones civiles, les hôpitaux et les lieux de culte sont touchés, faisant des dizaines de morts et de blessés. Les conseils de quartier dénoncent une tentative de massacre et de déplacement forcé de la population.
Voici la déclaration du Conseil populaire des quartiers Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh:
Nous avons décidé de rester dans nos quartiers et de les défendre
« À partir du 6 janvier, nos quartiers sont soumis à des attaques menées avec des armes lourdes ainsi qu’à des bombardements intensifs. Lors de ces attaques, les mosquées, les écoles, les hôpitaux, les habitations civiles et les institutions de services ont été directement et systématiquement pris pour cible. Notre population et nos forces d’asayiş opposent une résistance majeure face à ces agressions.
Ces attaques visent à déclencher un nouveau massacre ainsi qu’une nouvelle vague de déplacement forcé contre notre population, qui vit dans ces quartiers depuis des centaines d’années et en est la véritable habitante. Autrement dit, il est clairement recherché de modifier la démographie de la ville et de nos quartiers. Par ailleurs, ces attaques constituent, à tous égards, une évacuation de fait et une violation manifeste de l’accord du 1er avril.
Le gouvernement intérimaire de Damas mène ces attaques sous l’appellation de “Nouvelle Armée Syrienne”, à travers des groupes armés qui lui sont affiliés et avec le soutien de l’État turc, ce qui l’encourage davantage. Nous condamnons également avec la plus grande fermeté le silence des forces internationales présentes en tant que garantes et observatrices des accords du 10 mars et du 1er avril.
Les attaques et le danger de massacres visant notre population dans les quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh se poursuivent toujours. Les appels lancés par les forces du gouvernement intérimaire à notre population et à nos forces d’asayiş constituent une imposition de reddition. Cependant, la population de ces quartiers est déterminée à rester sur place et à défendre ses quartiers.
Dans la situation actuelle, des massacres de civils sont perpétrés dans les zones où les groupes armés progressent. Les mêmes actes et massacres infligés aux Alaouites et aux Druzes sont aujourd’hui appliqués dans nos quartiers. Chacun sait que des centaines de milliers de civils vivent dans ces quartiers et que les bombardements intensifs contre les civils ont fait des dizaines de blessés, dont la majorité sont des femmes et des enfants.
Notre hôpital de quartier, Khaled Fajr, dont les capacités étaient déjà extrêmement limitées, a lui aussi été la cible de violentes attaques et de bombardements. Il s’agit là d’un crime de guerre. À l’heure actuelle, l’hôpital est totalement hors service. Il ne reste plus aucune possibilité de soigner les blessés dans nos quartiers. Une grave crise humanitaire est en cours. L’opinion publique sait également que nos quartiers étaient depuis longtemps soumis à un blocus, empêchant l’entrée des besoins humanitaires essentiels. Les conditions hivernales aggravent encore davantage la situation.
En conclusion, les forces du gouvernement intérimaire, accompagnées de leurs groupes armés, appellent notre population à se rendre et exigent qu’elle quitte ces quartiers. Elles réclament également la reddition de nos forces d’asayish.
En tant qu’administration des conseils des quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh, nous rejetons catégoriquement toutes les pressions exercées contre notre population et nos quartiers. Depuis son arrivée au pouvoir, les actes commis par le gouvernement intérimaire de Damas à l’encontre des différentes composantes et de la diversité de la Syrie, et plus particulièrement les bombardements indiscriminés et les massacres perpétrés ces derniers jours contre notre population, ne nous permettent en aucun cas de lui faire confiance pour lui confier notre sécurité et celle de nos quartiers. Pour cette raison, il nous est impossible de renoncer à la responsabilité d’assurer la sécurité de nos quartiers. Nous avons décidé de rester dans nos quartiers et de les défendre.
Enfin, nous lançons un appel à la population de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh : mobilisez-vous et rendez-vous à l’hôpital Xalid Fecir afin de prendre en charge nos blessés et de protéger nos quartiers. »
Via Maxime Azadî