SYRIE / ROJAVA – Les quartiers kurdes d’Alep sont au bord d’explosion à cause de l’embargo de Damas qui les prive des produits de première nécessité. Privés de médicaments, nourriture, carburant pour le chauffage… les habitants des quartiers de Sheikh Maqsud et d’Achrafiyeh sont pris en otage par le régime islamiste de Damas en plein hiver.
Le siège en cours de deux quartiers à majorité kurde d’Alep, dans le nord de la Syrie, perturbe fortement la vie quotidienne. Un haut responsable a déclaré que ces zones sont totalement privées d’électricité, que les écoles sont fermées et que les habitants subissent des mauvais traitements de la part des forces de sécurité de l’État.
Fin du mois dernier, des affrontements ont éclaté entre les forces affiliées à Damas et les forces de sécurité intérieure kurdes (Asayish) dans les quartiers à majorité kurde de Sheikh Maqsood (Şêxmeqsûd) et d’Achrafiyeh (Eşrefiyê), à Alep. Malgré un cessez-le-feu, un siège partiel de ces quartiers se poursuit.
Nouri Sheikho, coprésident du conseil civil administrant les deux quartiers, a déclaré samedi à Rudaw que le siège a gravement affecté la vie quotidienne. Il a précisé que seuls deux des sept points d’accès reliant ces zones au reste de la ville restent ouverts et que les forces de sécurité y maltraitent fréquemment les habitants aux points de contrôle.
« Le siège se poursuit et, en raison du froid intense, nous avons été contraints de fermer les écoles », a-t-il déclaré, ajoutant que de nombreux habitants sont tombés malades à cause des intempéries et que la pénurie de médicaments met des vies en danger.
Cheikho a indiqué que le réseau électrique a été gravement endommagé par une série d’affrontements entre les deux forces, provoquant une panne d’électricité générale. « Nous les avons contactés [les autorités syriennes] à plusieurs reprises afin qu’elles puissent le réparer, mais elles ont refusé. Il s’agit d’un objectif politique visant à forcer la population à se replier davantage… Ils bloquent l’acheminement du carburant et prétendent que les forces militaires [kurdes] l’utilisent à leur propre profit. Ce ne sont que des prétextes pour empêcher l’acheminement du gaz et du carburant vers les quartiers et exercer une pression sur la population. »
Depuis la chute de l’ancien régime d’Assad l’année dernière, les forces kurdes – qui contrôlent la sécurité des deux quartiers densément peuplés, où vivent plus de 1,5 million de personnes – s’affrontent régulièrement avec des groupes armés affiliés à l’État.
Le régime d’Assad, qui s’est effondré en décembre dernier, avait également imposé des sièges au quartier, mais ceux-ci n’avaient pas duré longtemps grâce à la médiation russe.
Cheikho a comparé les sièges mis en place sous les deux gouvernements :
« À l’époque, il y avait une certaine compréhension et les routes étaient ouvertes. Mais maintenant, toutes les entrées sont complètement fermées et rien ne pénètre dans les quartiers », a-t-il déclaré.
Cette situation survient malgré un accord historique signé le 10 mars entre Damas et l’administration kurde du nord-est de la Syrie (Rojava). Cet accord prévoyait l’intégration de toutes les institutions civiles et militaires du Rojava à l’État syrien et incluait un engagement en faveur d’un cessez-le-feu national.
Asayish est affilié aux Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde et force militaire de facto au Rojava. (…)
Rudaw