SYRIE / ROJAVA – Les négociations entre les représentants du nord et de l’est de la Syrie et le gouvernement de Damas restent au point mort, malgré la signature de l’accord du 10 mars. Face aux pressions turques croissantes et aux violations continues sur le terrain, conjuguées à l’inflexibilité de Damas, la crise s’aggrave et les perspectives d’un dialogue national restent incertaines, rapporte l’agence kurde ANHA.
Le 10 mars 2025, le commandement général des Forces démocratiques syriennes (FDS) et le chef du gouvernement, Ahmed Al-Sharrah, ont signé à Damas un accord en huit points visant à établir le cadre des relations entre le nord et l’est de la Syrie et le gouvernement de Damas.
L’accord comprenait :
– Garantir les droits constitutionnels du peuple kurde
– Intégrer les institutions militaires et civiles dans le cadre de l’État
– Cessation des hostilités
-Assurer le retour des personnes déplacées
– Rejeter les discours de haine et soutenir les efforts conjoints de lutte contre le terrorisme
Accord du 10 mars : une occasion manquée
Bien que l’ONU ait qualifié l’accord d’« opportunité historique » lors de la session du Conseil de sécurité du 18 juin, Damas n’a toujours pas mis en œuvre la moindre de ses dispositions de fond. Ahmed Al-Sharrah a annoncé une « déclaration constitutionnelle » trois jours après la signature de l’accord, ignorant ainsi les termes généraux. Cette décision a aggravé l’impasse et suscité des doutes quant aux intentions du gouvernement de transition.
Impasse des négociations : manque de confiance et accumulation d’excuses
Dans les mois qui ont suivi l’accord, des tentatives ont été faites pour organiser des réunions à Paris sous l’égide de la France et des États-Unis, la plus notable étant la session reportée du 25 juillet, Damas invoquant les événements de Soueïda comme motif d’absence. Les 9 et 10 août, le gouvernement de transition a de nouveau refusé de participer aux négociations prévues à Paris, invoquant une « Conférence d’unité pour le nord et l’est de la Syrie » à Hassaké, et accusant l’Administration autonome de tenter d’« internationaliser la question syrienne ».
Le 5 août, le commandant général des FDS, Mazloum Abdi, a exprimé sa surprise face à l’évasion continue de Damas, déclarant que « l’intégration signifie un partenariat et ne peut pas être imposée par la force », soulignant le désaccord fondamental sur les relations futures entre les parties.
Violations de l’accord du 10 mars
Dans un contexte de tensions politiques, les FDS ont signalé 22 violations du cessez-le-feu le 9 août, imputant directement leur responsabilité à des groupes affiliés à Damas. Les attaques ont visé des zones telles que Deir ez-Zor, Tal Tamr et le barrage de Tishreen, et les tentatives de franchissement de l’Euphrate ont fait 11 blessés parmi les civils et causé des dégâts dans des zones habitées.
Les FDS ont déclaré que ces violations contrevenaient à l’esprit de l’accord conclu avec Ahmed Al-Sharrah et risquaient de raviver une mentalité guerrière à un moment où la Syrie a besoin de dialogue. Elles ont appelé Damas et les factions alliées à cesser immédiatement les violations, réaffirmant leur volonté de défendre la région tout en tendant la main aux négociations.
L’intervention turque : principal obstacle au dialogue
Les événements ont clairement démontré l’influence significative de la Turquie dans l’obstruction du processus de négociation. Le 8 août, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a effectué une visite surprise à Damas, où il a rencontré Ahmed Al-Sharraa et de hauts responsables. Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères de Damas se sont ensuite rendus conjointement à Ankara le 13 août.
Immédiatement après les réunions précédentes, le gouvernement de Damas a annoncé son refus de participer aux négociations de Paris, une décision que les analystes interprètent comme le résultat d’une pression turque directe visant à empêcher tout rapprochement entre les représentants du nord et de l’est de la Syrie et Damas.
Les déclarations publiques ont renforcé cette interprétation, le ministre des Affaires étrangères de Damas accusant directement les Forces démocratiques syriennes (FDS), coïncidant avec les déclarations du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, reflétant l’alignement entre les deux positions concernant le nord et l’est de la Syrie.
Malgré l’impasse, les efforts américains et français se sont poursuivis pour ouvrir des voies de dialogue. Le 22 juillet, l’envoyé américain Tom Barrett a rencontré le commandant général des FDS, Mazloum Abdi, à Amman, dans des conditions apparemment positives, avec l’espoir d’une réunion plus large à Paris sous la présidence française d’Emmanuel Macron.
Le 25 août, une délégation américaine de haut rang s’est rendue à Damas et a rencontré Ahmed Al-Sharrah, tout en rencontrant séparément Mazloum Abdi à Amman pour discuter de la mise en œuvre de l’accord du 10 mars et de la stabilité régionale.
Les États-Unis, représentés par la sénatrice Jeanne Shaheen, ont réaffirmé leur soutien aux FDS, soulignant que leur intégration dans l’armée syrienne est une « question cruciale » pour la lutte contre le terrorisme et la stabilité nationale.
Perspectives incertaines
Alors que Damas continue de se soustraire à ses engagements et que la pression turque s’intensifie, les perspectives d’un dialogue national syrien restent incertaines, aucune réunion n’étant prévue. Alors que le nord et l’est de la Syrie insistent sur la nécessité de construire une nouvelle Syrie sur un modèle de partenariat, Damas adopte une position plus rigide, mettant à rude épreuve l’accord du 10 mars.
Dans ce contexte, le rôle international reste déterminant : soit Paris et Washington parviennent à ramener les parties à la table des négociations, soit le dossier syrien risque de se fragmenter davantage, menaçant l’avenir du pays et la stabilité régionale. (ANHA)